Total Victory – Vs Big Electric | Critique

L’accent des banlieues dans le rock britannique, il n’y a pas à dire, ça a quand même de la gueule. Celui de Jason Williamson, chanteur de Sleaford Mods et originaire de Nottingham, en est la preuve, et assurément l’une des clés du succès récent du groupe. Dan Brookes, lui, vient de Wigan, un peu plus au Nord. Son accent n’en est pas moins marqué pour autant, et c’est tant mieux. Il participe à l’identité de Total Victory, le groupe de Dan avec Matt L (basse), Matt E (guitare), James (batterie) et Martin (guitare) depuis 2007. Tous originaires des horizons, tels que Bolton et Salford, proche de Manchester.

Si les comparaisons entre les deux formations sus-citées s’arrêtent là, il faut reconnaître qu’elles semblent partager un goût pour la contestation et la condamnation des injustices de leur environnement. D’ailleurs, sur les différents projets de Total Victory, Dan ne va pas nécessairement chercher à chanter, mais à plutôt scander ses paroles, qui se transforment alors en cris du cœur, comme pour se libérer d’un poids.

Se dégage alors une sorte d’urgence dans le chant de Dan, que l’on retrouve sur le troisième album du groupe, Vs Big Electric, sorti il y a peu sur le label messin Specific Recordings. On peut retrouver cette urgence dans la manie qu’a Dan de répéter en boucle certaines phrases, tel un mantra. Et ce dès le premier titre, « Arnhem », où il va chanter successivement deux vers, pendant que l’instrumentalisation derrière lui ne va cesser de prendre de l’ampleur. Des vers qui ont pour sujet l’amour, un thème qui semble être cher au chanteur puisqu’on le retrouve plusieurs fois sur les 10 titres de la tracklist, comme « House of Lords » et surtout « Golden Calf ».

Dans tous les cas, l’amour, et les autres émotions soulignées par Dan, semblent être difficilement atteignables, et ce malgré le nom si évocateur de son groupe. Nom qui semble prendre un sens plus cynique à l’écoute de leur musique, plus sombre qu’elle n’aurait pu le laisser penser. En effet, si les paroles et le chant de Dan expriment un certain spleen, cet effet est amplifié par les mélodies toutes aussi mélancoliques de ses acolytes.

Le style de Total Victory est à la croisée des genres, avec des moments de pure contemplation et plus posés (« Pine Cone », « Rabbit Killer » et le grand final de 13mn « Kalfon (Pas l’Acteur) ») et d’autres plus directs (« Arnhem », « Mass Firings » qui lorgne vers le post-punk avec ses bruits stridents, et « Atherton Derby » avec sa ligne de basse imposante). Les guitares se veulent à la fois calmes et posées, pour devenir plus brutes, tandis que la basse n’est pas en reste et que le piano accompagne parfaitement bien un titre comme « Winter House », lui donnant un côté pop.

D’ailleurs Vs Big Electric n’est pas un disque noir où tout semble perdu. De nombreux moments parviennent à percer les nuages et à illuminer l’écoute de ce disque grâce à des compositions plus lumineuses ; « Counting Hill » profite d’un très beau travail sur les voix et les choeurs qui se répondent de manière géniale, tandis que les guitares de « Pine Cone » amènent plus à la rêverie qu’à véritablement se laisser aller à la mélancolie.

Compilation de deux EP – « The Tour EP » et « If You Were There EP » – et de deux titres inédits, Vs Big Electric tire sa force de ses différentes sonorités qui amènent l’auditeur à passer par plusieurs émotions. Le disque ne serait pas ce qu’il est non plus sans la sincérité des cinq anglais. Ils se sont donnés à fond sur chaque morceau et ça se ressent. Du chant de Dan, jusqu’à chaque note jouée par ses camarades. Une nouvelle sortie à se procurer d’urgence auprès de Specific Recordings avant la rupture de stock.

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