Tory Lanez – The New Toronto 2 | Critique

Le Torontois Tory Lanez entame cette année 2017 avec deux mixtapes après un premier album imparfait mais pas dénué d’intérêt sorti l’année dernière. On ne peux pas en dire autant de The New Toronto 2, l’un de ces deux nouveaux projets. 

Avec la planète entière le regard tourné vers le Canada et hantée par la chorégraphie de « Hotline Bling », la puberté d’un certain Justin, et la démarche d’un « Starboy » fracassant son mobilier à l’aide d’une croix géante en néon rose, un autre artiste du pays du sirop d’érable attirait l’attention en 2016. Avec une quinzaine de mixtapes et un EP en guise de tableau de chasse, et galvanisé par plusieurs singles, le Torontois Tory Lanez était bien décidé à franchir une étape avec son premier album studio. Même si la tâche n’allait pas être simple face au blockbuster Views emmené par le duo Drake et Noah « 40 » Shebib.

I Told You, le premier effort de Lanez, n’a pourtant pas trop à rougir face au disque de l’auteur de « One Dance », avec qui il aura d’ailleurs été en feud un bon moment. Malgré des skits dispensables, un rythme parfois ennuyant, et sans doute trop long, le disque du premier restait tout de même meilleur que le disque froid et peu inspiré du second. Avec ce premier opus, Tory Lanez franchissait même la 4ème place du Billboard 200 et quittait 2016 avec une nomination pour les Grammy Awards pour son single « Luv ». Pour le jeune artiste, impossible de s’arrêter là. La nouvelle année à peine célébrée, le Torontois revenait avec non pas une, mais deux mixtapes, toutes deux des suites de ses précédents travaux : The New Toronto 2 et The Chixtape IV. L’une plus rap et une seconde plus R’n’B.

Comme sa grande sœur, The New Toronto 2 est donc censée être plus portée vers la sensibilité rap de Lanez. « Censée » est bien le mot car sur les treize titres de la tracklist, difficile de discerner une réelle différence avec la Chixtape quatrième du nom quant à l’interprétation de Tory, tellement son flow se rapproche le plus souvent du chant. Du coup, les morceaux « Lick x Drive You » et l’outro « Wraith Talk » (prod. AraabMusik) font office d’anomalies alors qu’ils représentent certainement les deux moments où Lanez rappe le plus. Même en sachant que oui, en 2017, « rapper » est devenu plus complexe à définir que jamais. Même A$ap Ferg sur « Bal Harbour » pousse la chansonnette pour un résultat loin d’être probant. Heureusement Rick Ross assure le coup sur la tentative de banger « Super Freak », alors que Lanez semble avoir décidé de seulement répéter en boucle le titre du morceau.

« Lick x Drive You » et « Wraith Talk » restent tout de même de bons titres, même s’ils détonnent réellement et complètement avec le reste de la tape. A tel point que le premier réflexe lors de la première écoute serait de vérifier s’il n’y a pas une erreur de fichiers échangés par erreur. L’ambiance générale de la tape a beau être assez froide et aérienne, ces deux titres amènent immédiatement de la chaleur et de l’énergie avec leurs prods presque similaires à celles confectionnées à New-York dans les ‘90s avec leur beat, et leurs samples de cuivres et de claviers. Certes I Told You jouait aussi parfois sur ce changement de ton, à la fois dans le flow que dans le choix des instrumentaux, mais ici cela aurait peut-être gagné à être moins brutal. Le moment le plus frustrant de cette tape étant sûrement ce changement abrupte entre « Lick x Drive You » et « Dancin » où la tracklist décide de revenir sur une prod vaporeuse et froide, et laisse l’auditeur comme coupé dans son élan alors qu’il venait sûrement de retrouver de l’intérêt au projet.

Le reste de la mixtape consiste alors en une succession de morceaux aux productions planantes, aux notes de synthés atmosphériques, mais pour un rendu froid, robotique, voire mélancolique. Comme sur « Bodmon Song », avec sa belle mélodie au piano, doublée de synthés. Assurément l’un des meilleurs morceaux et l’un des seuls – avec peut-être « New Year / $auce Baby » – qui marquent une réelle différence avec le reste des pistes. Car même sans être forcément écoutée avec une oreille dissipée, TNT2 peut très vite donner l’impression de tourner en rond tellement le chant et les productions de Play Picasso, C. Sick, Retro 1, Reazy Renegade, Lavish et parfois Tory Lanez lui-même, se ressemblent. Le chant de ce dernier qui peut aussi rapidement agacer avec ce ton qu’il prend dès « Talk To Me / Fargo Season » et qu’il ne quittera qu’en de rares occasions tout du long des 53 minutes du projet, comme sur « Dopeman Go » ou encore « Set If Off x Better ».

Comparé à I Told You, The New Toronto 2 ressemble alors énormément à Views, mais sans les tubes et l’expertise de 40 pour sauver les meubles. Même si ces deux projets ne sont pas comparables, rien que pour leur état, l’un étant une mixtape et l’autre un véritable album. Mais il serait dommage que Tory Lanez, qui avait montré une capacité à varier un peu son propos avec un flow alliant rap et chant avec des productions dans l’ère du PBR’n’B, ne tombe dans un rendu aussi froid et distant pour le reste de sa musique.

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