Rhythm Roulette est la meilleure série sur les beatmakers que vous trouverez sur Youtube

Depuis plusieurs décennies le rap compte parmi ses rangs certaines des plus grandes stars de la musique actuelle. Il n’empêche que même la plupart d’entre elles ne serait peut être pas arrivée là sans plusieurs hits confectionnés de main de maître par la crème des producteurs. Si le rôle de beatmaker a souvent été relayé au second plan aux yeux du grand public – mis à part quelques grands noms comme Dr.Dre – la tendance est en train de changer dans cette ère où les superstars sont légion et où la frontière entre rappeur et producteur devient de plus en plus floue, grâce à des artistes comme Kanye West ou encore Travis $cott.

L’ascension d’Atlanta comme Mecque du rap Outre-Atlantique a permis à de nouvelles tendances et sonorités d’émerger, offrant plus de possibilités pour nos rats de studio que le fameux boom-bap du New-York des années ‘90. Le sampling, technique consistant à prendre une partie d’un morceau existant pour le transformer à sa guise à l’aide d’un sampler, n’a quant à lui pas disparu et continue d’être au cœur du processus de création de beaucoup de producteurs. Mais derrière les tubes imparables, des heures de travail acharné sont souvent nécessaires pour arriver à trouver la parfaite boucle, saisir le bon kick de batterie ou décider de la bonne ligne de basse. Si certains de ces magiciens des temps modernes sont connus et vénérés à travers le monde, peu de personnes connaissent réellement leur manière de travailler ainsi que leur mode opératoire pour confectionner le beat parfait. Ces derniers n’étant souvent pas les plus loquaces ou les plus à même de partager leurs secrets.

Créée en 2013 sur la chaîne Youtube du média Mass Appeal, « Rhythm Roulette » est certainement la meilleure série de vidéos sur le beatmaking à ce jour. Basée sur le sampling, elle permet au public de découvrir les techniques de travail des producteurs dans leur intimité afin de suivre le cheminement de la création d’un instrumental, et de ses différents samples. Le principe est simple : chaque vidéo voit un producteur différent sélectionner à l’aveugle trois vinyles chez un disquaire pour ensuite essayer dans son propre studio d’en faire un morceau, souvent du mieux qu’ils peuvent. Là où chaque beatmaker étudie généralement sur de longues périodes chacun de ses vinyles pour en tirer la meilleure combinaison possible, la difficulté de Rhythm Roulette réside dans l’instantanéité et le hasard complets avec lesquels ils doivent composer.

Plusieurs risques guettent alors les producteurs ; manque d’imagination, disques inutilisables, résultat peu satisfaisant comparé à leurs productions originelles… Mais ces vidéos parviennent à de nombreuses reprises à prouver le talent de chacun d’entre eux qui réussissent souvent à faire des merveilles. Depuis trois ans, c’est plus de soixante producteurs qui ont accepté de jouer le jeu et d’ouvrir les portes de leur studio aux caméras de Mass Appeal. Du beatmaker vedette au rookie, du pur producteur de hip-hop au DJ électro, le casting de Rhythm Roulette est varié et ne s’arrête pas aux acharnés du boom bap made in New-York.

Le premier à s’être prêté au jeu n’est autre que Party Supplies, connu, entre autre, pour les mixtapes Blue Chips d’Action Bronson. Si son répertoire va aussi bien des sons des années 80 que de la soul, il ne représente pas non plus l’exemple type du producteur de hip-hop accro au sample tel qu’il pourrait être fantasmé. Pourtant son matériel et ses techniques de travail rappellent bien ceux de ses compères.

Telle est la force de la série de Mass Appeal ; montrer différentes facettes du sampling chez plusieurs producteurs aux références et styles différents pour prouver à quel point cette technique est implantée partout dans la musique actuelle. Comme lors des épisodes avec Nick Catchdubs, co-fondateur de Fool’s Gold Records ou Brenmar, DJ électro.

Malgré la diversité du casting, la popularité de plusieurs vidéos ne ment pas et montre bien que l’attrait du public va pour certaines vedettes de la production déjà bien connues dans le milieu. Les 850 000 vues pour le passage de 9thWonder en sont la preuve. Ainsi DJ Babu, Large Professor, Appolo Brown, Organized Noize, Havoc, Jake One, Erick Sermon, El-P ou encore Just Blaze font office de têtes d’affiches.

Mais cela n’empêche pas pour autant Mass Appeal de mettre en lumière des producteurs moins connus du grand public, qu’ils soient en pleine ascension ou au début de leur carrière. Ainsi des artistes comme Thes One (moitié de People Under the Stairs), Jonwayne, Wara From the NBHD, ou encore DJ Dahi (derrière le titre « Money Tress » de Kendrick Lamar) ont tous la chance de montrer leur particularité aux yeux du public.

Il est d’ailleurs amusant de voir chacun d’entre eux travailler dans leur propre studio, et de voir la différence de matériel, de place et d’ambiance que l’on y retrouve. Que ce soit Appolo Brown avec son PC qui tourne encore sur Windows XP comparé à Black Milk avec son énorme Mac, Lee Bannon dans son appartement un peu en bazar, Big K.R.I.T dans son énorme studio, Mac Miller dans son garage, ou Marco Polo rejoint par son chat, sûrement le plus mélomane de tous.

Si la majorité des vidéos montre chaque producteur avoir presque le même processus créatif ; écoute religieuse ou rapide des vinyles, pose du diamant de la platine sur le moment parfait à sampler, usage du métronome, tapotage à toute vitesse des boutons de leur MPC, et hochement de tête à en perdre la tête, certains épisodes montrent quelques particularités chez certains des beatmakers. Comme DJ Nu-Mark qui marque un point au au feutre sur le vinyle comme repère, Damu the Fudgemunk qui reproduit à la batterie les kicks de batterie de morceaux célèbres, ou la rapidité avec laquelle Jake One pianote sur les boutons de son synthétiseur.

Chaque épisode est alors unique et permet de se faire une idée de la diversité du sampling entre les mains de plusieurs producteurs. Si de plus en plus ces artistes derrière les machines deviennent aussi connus que leur acolytes rappeurs, leur importance et leur rôle dans le processus créatif des albums, d’un tube ou d’une identité reste parfois méconnues. Rhythm Roulette permet de se rendre compte de la complexité de partir souvent de rien pour au final en tirer le meilleur et de se rendre compte que la plupart d’entre eux sont encore là après des décennies de bons et loyaux services.  Seul bémol, dommage qu’avec un tel éclectisme, Georgie Anne Muldrow soit la seule femme présente -pour le moment- au casting.

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