Necronomidol – Nemesis | Critique

Quand il s’agit de musique japonaise, on sait que tout peut arriver. Si le pays du Soleil Levant a su rendre populaire un artiste talentueux tel que Nujabes ou encore le groupe les Seatbelts – la B.O de Cowboy Bebop, c’est eux – le Japon est aussi la nation de la J-Pop, un genre édulcoré, sucré et ô combien addictif quand on décide de lâcher prise. Sans rentrer dans une énumération de tous les talents japonais(es), il va s’en dire que le Japon possède une richesse musicale incroyable, où les styles peuvent se mélanger, se transformer, quitte à devenir un véritable casse-tête pour définir précisément l’identité des groupes.

L’album Nemesis, du quintet féminin nippon Necronomidol, est la quintessence, l’Olympe de ce mix des genres en folie. Un disque où pendant 11 morceaux, le groupe va fusionner black métal, cold wave, J-Pop, ou encore rock psychédélique avec un naturel à laisser coi. Sur un tout autre projet, l’alliance de ces styles – qui semblent assez différents les uns des autres – pourrait sonner comme trop audacieuse. Pas chez Necronomidol. Ou plutôt, le groupe ne semble même pas s’être posé la question d’une quelconque cohérence. Ça marchera, point barre. Et elles ont bien raison ; Nemesis est de ces curiosités qui font du bien et qui permettent de se remettre en question face à ses goûts, et à redonner un coup de fouet à son envie de découvrir toujours plus de projets déments et fous que celui-ci. Le type d’albums que l’on ne devrait même pas trop décrire avant de le conseiller à un ami, afin que la surprise n’en soit que plus grande.

S’il peut d’abord sembler être fait pour des oreilles averties, Nemesis se révèle être un projet plus facile d’accès qu’il peut laisser croire. A condition, bien sûr, d’accepter de partir pour une aventure rocambolesque et de laisser ses préjugés au placard. Grâce, entre autre, aux compositions efficaces faites de riffs, de claviers addictifs de batterie furieuse, au choix de l’ordre des titres dans la tracklist – qui permet de varier les émotions – , des voix douces des chanteuses, ou tout simplement par le talent de chacune des membres du groupe.

Pendant les 40 minutes que dure Nemesis, certes l’album est là pour vous bousculer un petit peu, mais il ne vous laisse pas non plus tomber en cours de route. Au contraire, il souhaite que vous arriviez au bout ensemble. Le premier album de Necronomidol pousse à la curiosité, à découvrir ce qu’il se cache derrière la prochaine piste. Est-ce que ça va être plutôt de la coldwave ? Un bon riff de black métal ? Ou un titre plus post-punk ? Et il sait très bien le rendre à l’auditeur. Comme avec « Warabeuta », l’avant dernière piste, qui commence par des synthés bien efficaces façon eighties avant que les guitares électriques et la batterie ne viennent les rejoindre pour un rythme de plus en plus effréné jusqu’à la frénésie de la dernière minute où le solo électrique aura fini de vous convaincre. Surtout qu’après ce moment plein d’énergie, le disque se conclue avec « ‘Umr At-Tawil », au rythme lent et à la composition lumineuse, comme si le tohu bohu des dix autres titres était derrière nous. Alors qu’on se laisse porter par les voix douces du groupe, on se dit que ça en valait la peine et qu’on repartirait bien pour une nouvelle épopée en compagnie des membres de Necronomidol. Un peu comme si le film de notre rencontre avec le groupe venait de se terminer et que les crédits étaient en train de défiler.

D’ailleurs Nemesis possède un certain caractère visuel sur plusieurs de ses morceaux, peut-être dû, entre autre, au fait d’assimiler musique japonaise et animes, mais aussi par le choix de ces influences musicales. Notamment sur « Vulture » ou « Skulls In The Stars » avec leurs ambiances synthwave, genre très proche d’univers post-apocalyptiques, dystopiques et rétro-futuristes comme avec des groupes comme Perturbator ou Mega Drive. Ou carrément avec un titre comme « Sarnath » avec ses bruitages, ses voix éthérées, et les dialogues et les rires presque diaboliques d’une des chanteuses.

Inclassable, Nemesis tire sa force de sa singularité, sans non plus en faire trop. Il ne cultive par la différence pour épater la galerie, mais bien parce que Risaki, Sari, Hotaru, Hina et Rei maîtrisent leur sujet. C’est un disque qui mérite une écoute rien que pour ça, mais aussi parce que si la totalité des morceaux ne vous plaisent pas, vous en tirerez forcément quelque chose ; une réaction, une inspiration, ou un titre en particulier (quel fan de guitares électriques résisterait à «Lamina Maledictum » ?).

Si vous lancer dans l’écoute d’un disque aussi farfelu vous démange, ça tombe bien, Nemesis de Necronomidol est disponible en vinyle sur le label messin Specific Recordings, spécialisé dans les sorties japonaises et tout aussi singulières que celle-ci. Mais pas que  – car les groupes talentueux sont partout et que leur curiosité et leurs goûts sont sans frontières -. En plus ils viennent de fêter leurs 5 ans, et possèdent un catalogue de plus d’une vingtaine de LP. Ah et l’un de ses créateurs tient La Face Cachée, le meilleur disquaire de Metz, qui se fera une joie de te parler de tous ces disques et sûrement de plein d’autres choses qui concernent la musique.

Écouter Nemesis de Necronomidol

Site officiel de Necronomidol

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Site de Specific Recordings

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