Columbine – Clubbing For Columbine | Critique

En ces temps d’Internet 2.0, chaque artiste souhaitant se lancer dans le grand bain semble devoir soigner sa e-reputation, pour des questions de visibilité et de référencement. Les premiers sites trouvés lors d’une recherche peuvent être capitaux pour renseigner l’actualité de la personne désirée, même si cela peut aussi se retourner contre elle. Alors quand ces derniers ne sont que des adresses destinées au click bait et autres contenus abrutissants, il y a de quoi se poser des questions sur l’authenticité et la valeur du groupe souhaité. Surtout à une époque où n’importe qui peut faire parler de soi avec une facilité déconcertante.

C’est le cas pour la bande Columbine et ses sept membres originaires de Bretagne. Enfin, après avoir ajouter les termes « rap » ou « groupe », à côté de leur nom, sous peine de vous retrouver avec des liens sur la fusillade de l’école américaine du même nom. Épisode tragique dont est issu le documentaire de Michael Moore, qui a sans doute inspiré le jeux de mot Clubbing For Columbine, le premier album des bretons. Peut être la seule « bonne » trouvaille de leur part vu leurs accents -cheap- d’électro. Une fois ces sites trouvés, une de leur vidéo est au centre d’articles plus ou moins profonds qui semblent tous s’être mis d’accord pour désigner Columbine comme un « groupe de rap de riches ».

Au centre de cette appellation ridicule, la vidéo de « Charles – Vicomte » sorti mi-2014, où les membres, habillés de manière caricaturale, se mettent dans la position de riches qui n’hésitent pas à déclamer leur amour de l’argent, le tout sur des paroles douteuses pour un buzz garanti. Et ça n’a pas loupé ; batailles sanglantes de commentaires autour du premier et du second degré, et discussions beaucoup trop sérieuses sur leur authenticité et l’état d’un rap français en perdition finissent de faire trop de bruit pour un morceau qui n’en méritait pas tant. Pourtant un certain nom, « Good Moon », semble se détacher de la masse par moment et à en croire certains, cela représenterait le véritable nom du groupe des sept potes, aux antipodes de cette chanson car plus proche d’un style jazzy des ‘90s. Ce type de vidéo n’ayant apparemment servi que de buzz pour se faire connaître.

Complot Internet ou preuve avérée, aucune trace de ce nom sur le net, alors que Clubbing For Columbine, lui, sort bel et bien le 1er janvier 2016. Après une première écoute très succincte des premiers morceaux, l’impression d’être devant des rejetons d’Orelsan -et c’est un compliment- avec des histoires de loose, et de quotidien pas toujours roses, se fane et l’envie de passer chaque piste le plus vite possible pour en finir se fait sentir. Les thèmes principaux, et la manière dont ils sont abordés au travers du disque, à savoir le sexe, les filles ou l’école (comme à travers l’intro) montrent immédiatement que les membres de Columbine ne s’adressent pas à un public bien plus âgés qu’eux. Tout comme le nombre de références balancées de manière aléatoire tout au long des titres. Il suffit d’un coup d’œil rapide sur leurs réseaux sociaux pour s’en rendre compte, les bretons sont majoritairement suivis par un public jeune, plus en âge de passer le Bac que leur Master. Et cela peut être une bonne chose, et peut permettre de réaliser une musique qui accompagnera tout une génération au fil des années, et qui pourra constater l’évolution d’un artiste années après années. Un rappeur comme Georgio, malgré son jeune âge, réalise actuellement des choses intéressantes et montre une maturité et un travail cohérent qui donnent envie d’être suivis.

Columbine ne frôle même pas cette impression une seule fois sur les plus de soixante minutes que dure son disque, se contentant de fournir un rap vide, creux et insupportable. Si Clubbing For My Columbine devait être un film pour adolescent, il serait à coup sûr une comédie débile américaine avec des mecs excités et aux vannes en dessous de la ceinture. Les paroles tournent beaucoup autour de leur lubricité mais leurs voix jeunes empêchent de les prendre au sérieux tout comme leur nonchalance réduit à néant la compassion à leurs égards. Surtout quand ils se mettent à crier d’une manière insupportable comme sur « Dom Pérignon » ou « Main Propre » ou à abuser du vocoder sur presque tous les titres. Car il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que Columbine réunit tous les clichés et les règles à ne pas suivre pour faire du rap en un même disque. Les flows sont basiques, et ce n’est pas le phrasé rapide de « Les Prélis » qui y changera quoique ce soit. L’ensemble aurait pu être intéressant, vu à travers le prisme de la solitude, de la mélancolie, voire du cynisme, à travers le regard d’une jeune génération sur le monde actuel, mais toute bonne idée est automatiquement descendue par la bêtise et l’absurdité de la suite des paroles. Tout comme les punchlines, pourtant souvent une bonne façon de marquer les esprit, sont très pauvres. A force de voir tous les membres de Columbine s’en foutre de tout, difficile de les respecter en retour en tant qu’auditeur. Là où PNL, le succès rap français de l’année dernière, était critiqué sur ses paroles mais semblait se rattraper avec les productions, toutes les musiques de Clubbing For Columbine ne sont que des erzatz de trap, de drill music ou autre cloud rap quand cela ne ressemble pas à de la musique de fête forraine, et donnent l’impression qu’ils ne sont que des clichés qui ne respectent même pas leur musique qu’ils produisent.

Là où Big Flo & Oli semblaient respecter à la lettre le cahier des charges d’un rap lisse et consensuel l’an passé, Columbine ne semble pas être destiné à grand chose. Surtout que des auditeurs de rap français avisés trouveront bien plus intéressants à écouter selon leurs humeurs et leurs envies, de Vald en passant par Booba ou même PNL pour synthétiser vulgairement. Reste que le groupe semble plaire à un jeune public qui devrait vite se détourner d’eux dès qu’un nouveau groupe à la mode fera parler de lui. Certains pourront affirmer que les sept bretons produisent une sorte de rap qui n’est pas fait pour être pris au sérieux et prêcheront le second degré de la bande à travers leurs postures et leurs paroles. Ce qui n’est en aucun cas un argument valable, tellement l’utilisation du second degré n’a jamais excusé la médiocrité, mais le manque d’intransigeance du public, si.

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