Necronomidol – Nemesis | Critique

Quand il s'agit de musique japonaise, on sait que tout peut arriver. Si le pays du Soleil Levant a su rendre populaire un artiste talentueux tel que Nujabes ou encore le groupe les Seatbelts – la B.O de Cowboy Bebop, c'est eux – le Japon est aussi la nation de la J-Pop, un genre édulcoré, sucré et ô combien addictif quand on décide de lâcher prise. Sans rentrer dans une énumération de tous les talents japonais(es), il va s'en dire que le Japon possède une richesse musicale incroyable, où les styles peuvent se mélanger, se transformer, quitte à devenir un véritable casse-tête pour définir précisément l'identité des groupes. L'album Nemesis, du quintet féminin nippon Necronomidol, est la quintessence, l'Olympe de ce mix des genres en folie. Un disque où pendant 11 morceaux, le groupe va fusionner black métal, cold wave, J-Pop, ou encore rock psychédélique avec un naturel à laisser coi. Sur un tout autre projet, l'alliance de ces styles - qui semblent assez différents les uns des autres – pourrait sonner comme trop audacieuse. Pas chez Necronomidol. Ou plutôt, le groupe ne semble même pas s'être posé la question d'une quelconque cohérence. Ça marchera, point barre. Et elles ont bien raison ; Nemesis est de ces curiosités qui font du bien et qui permettent de se remettre en question face à ses goûts, et à redonner un coup de fouet à son envie de découvrir toujours plus de projets déments et fous que celui-ci. Le type d'albums que l'on ne devrait même pas trop décrire avant de le conseiller à un ami, afin que la surprise n'en soit que plus grande. S'il peut d'abord sembler être fait pour des oreilles averties, Nemesis se révèle être un projet plus facile d'accès qu'il peut laisser croire. A condition, bien sûr, d'accepter…

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Beastie Boys – Licensed To Ill | Critique

Plus de 30 ans après, retour sur le premier album des Beastie Boys. Nous avons tous vécu à un moment ou un autre ce type de situation. Ce moment où cela fait des heures que vous essayez de convaincre sans succès votre voisin alors que tous les éléments sont contre lui. Tandis que celui-ci reste de marbre et refuse de capituler. A tel point que vous commencez à manquer d'arguments et tout ce que vous obtenez à la fin sont une folle envie de lui faire la peau et de vous arracher les cheveux. Si vous n'avez pas vécu d'instant similaire, ou que vous ne voyez pas la personne en question dans votre entourage, méfiez-vous, car c'est probablement vous. Il peut se produire ce type de réaction lorsque l'on s'aventure à parler de rap avec la mauvaise personne. Généralement ce qu'il en ressortira c'est que le rap est une musique noire, mettant en scène des jeunes armés jusqu'aux dents, vivant dans des ghettos très pauvres et parlant de fusillade et de filles dociles à longueur de journées. Il serait hypocrite de contester complètement cet argument, mais cela serait surtout affreusement réducteur. Si vous êtes confronté à cette situation, ne cherchez pas plus loin, car il existe le parfait exemple pour couper court à toute tentative de votre interlocuteur. Vos sauveurs sont au nombre de trois et s'appellent les Beastie Boys. Prenez trois jeunes blancs venant à peine de sortir de l'adolescence, aussi insolents que glandeurs, faites en sorte qu'ils viennent de familles plutôt aisées, de confession juive si possible, et qui jouaient auparavant dans un groupe de punk. Mélangez le tout et vous obtiendrez les pires sales gosses que le hip-hop américain ait engendré en presque quarante ans. Bien avant le blondinet Eminem. Mais comment ont ils réussi à…

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Un nouvel album d’Eminem en 2016 est-il une si bonne nouvelle que ça ?

Dans la nuit du 19 octobre les plus insomniaques d'entre nous ont pu découvrir en même temps que nos amis américains le tweet d'Eminem avec un nouveau morceau et l'annonce d'un prochain album. Il n'en fallait pas plus pour qu'Internet devienne fou et que les réactions hystériques foisonnent sur le réseau social aux 140 caractères.  Face à l'enthousiasme des fans, des personnes moins enjouées ont quant à elles montré leur scepticisme, et il y a de quoi. D'abord, il y a ce nouveau titre, « Campaign Speech », au titre évocateur et à charge, notamment, contre Donald Trump et la politique en général. Sur le principe, Eminem est plutôt bien placé pour réaliser un morceau efficace sur le sujet. Lui qui n'a eu de cesse de se moquer des mœurs de l'Amérique blanche au cours de ses albums, voire même de manière plus frontale de la politique de George W. Bush avec « Mosh » en 2004 sur son album Encore. https://www.youtube.com/watch?v=nj_dTZ4KL3Y Le soucis c'est que ce titre date déjà d'il y a 12 ans. A une époque où Eminem, après avoir sorti trois albums acclamés par le public et la critique, commençait déjà à perdre de sa superbe. Mais malgré cela, avait réussi à rester incisif et virulent dans son discours, en tout cas sur ce titre. Les temps ont bien changé depuis. Et si Eminem restait l'un des artistes les plus importants des années 2000 et que chacun de ses morceaux pouvait avoir un poids conséquent, c'est beaucoup moins le cas en 2016 où d'autres rappeurs ont pris désormais les devants. Mais soit, Eminem veut sortir un nouveau morceau politique à la veille des élections américaines, alors qu'un candidat comme Donald Trump pourrait succéder à Barack Obama ? Grand bien lui fasse ! Le soucis n'est pas…

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Ghostface Killah – Ironman | Critique

Pour fêter les 20 ans de l’un des meilleurs albums solos sortis du temple shaolin du Wu-Tang Clan, je reviens sur les qualités de ce disque qui fut le premier d’une longue lignée de très bons opus pour Ghostface Killah.  Depuis la sortie d'Enter the Wu-Tang (36 Chambers) en 1993, les membres de la nébuleuse ont chacun attirés l'attention à leur manière. Il y a d'abord eu ceux qui n'ont pas tardé à se lancer en solo tellement leur particularité sautait aux yeux comme Method Man ou GZA. Au contraire certains ont du passer leur tour comme Masta Killa et U-God pour cause d'emprisonnement. Dennis Cole aka Ghostface Killah pouvait se situer au milieu, à côté de son compère Inspectah Deck. Tels des très bons rappeurs n'arrivant pas à se distinguer des fortes personnalités du crew. C'est pourtant bien Ghostface Killah qui entame le premier opus du Wu, apparaît en guest sur la pochette et sur les titres d'Only Built For Cuban Linx… de Raekwon et possède cette voix aiguë et ce flow haché et tranchant, reconnaissables entre mille. Pendant trois ans le rappeur semble donc se satisfaire de cette position de second couteau de premier ordre, jusqu'au 29 octobre 1996 et la sortie d'Ironman, son premier essai en solo. Des années pendant lesquelles Cole a pu observer et apprendre du succès des escapades solos de ses camarades de rimes pour en cerner les qualités et les utiliser à sa façon. Dès le titre de l'album, nommé selon le super-héro de Marvel et faisant aussi référence à Only Built For Cuban Linx… où chaque MC du Wu avait pu choisir un alias pour apporter de la fiction à leurs récits . Ghost reprend alors le sobriquet de Tony Starks et incarne un autre personnage durant la plupart des 17…

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James Blake – The Colour In Anything | Critique

The Colour In Anything, c'est l'histoire d'un rendez-vous manqué. De ces histoires fantasmées qui ne semblent au final destinées qu'à décevoir. La relation avec ce disque commence après une longue attente de deux ans. Deux années où l'album aura été annoncé, repoussé, jusqu'à changer de nom en cours de route, pour finalement voir le jour le 6 mai 2016. Puis, la délivrance, les premiers regards, et la bonne surprise ; comme pour se faire pardonner, James Blake est venu accompagné de guests de choix : Frank Ocean et Justin Vernon de Bon Iver. Les retrouvailles ne pouvaient en être que plus belles. Loin d'arriver les mains vides, c'est les bras chargés de 17 morceaux que le britannique est venu présenter son nouvel effort, d'une durée d'écoute d'1 heure et 16 minutes. Soit suffisamment pour s'apprivoiser, se questionner, douter et finir par partir chacun de son côté, le cœur lourd. Car The Colour In Anything, c'est l'histoire d'un désenchantement. Il y a pourtant eu des premiers émois convainquant. Le 11 février 2016, James Blake révélait le premier extrait de son nouvel album pendant son émission sur la radio BBC 1: un morceau au nom évocateur de “Modern Soul”. Dès les premières notes de piano, la magie opère instantanément et montre le talent de Blake pour magnifier des compositions pourtant déjà bien épurées. Sa voix claire s'alliant à merveille avec les multiples sons électro, percussions et bruits de jungle qu'il ajoutent au fur et à mesure à la structure du morceau. Plus qu'un simple morceau, “Modern Soul” renfermait à lui-seul l'essence de son auteur : une voix soul, des arrangements discrets mais efficaces et des sonorités qui puisent aussi bien dans le R'n'B que dans l'électro. Véritable crescendo de 5 minutes lumineuses, le titre était l'espoir de voir chaque nouveau track du britannique emprunter…

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La Femme – Mystère | Critique

Avant la sortie de son deuxième album en septembre, il semblait encore plus difficile de définir la place de La Femme au sein du paysage musical français. Si son single « La Planche » était dans toutes les têtes depuis 2011, le groupe pouvait compter sur un répertoire suffisamment fourni pour ne pas souffrir de l'appellation de « one hit wonder ». Et malgré ses inspirations rétro et son image détachée, le groupe parvenait à se faire une place parmi le grand public tout en étant porté aux nues par une partie de la presse spécialisée. L'empêchant ainsi d'être uniquement apprécié par un public de niche. Pourtant cet engouement n'a pas empêché La Femme d'être assez peu présent musicalement ces dernières années. Et ce depuis le bariolé Psycho Tropical Berlin en 2013 qui leur avait valu une Victoire de la Musique dans la catégorie « Album révélation de l'année » un an plus tard. https://www.youtube.com/watch?v=c3VqAtiX3hs « It’s Time to Wake Up », « Nous Étions Deux », « Si Un Jour », et bien sûr « Sur La Planche » ; ce premier album contenait plusieurs tubes emmenés par le groupe depuis trois ans et leurs premiers Eps. Psycho Tropical Berlin était frais, original, et plaçait d'ores et déjà La Femme comme un groupe à part et emprunt de liberté avec sa chanteuse à la voix enfantine et cristalline, son chanteur pas vraiment chanteur et ses paroles parfois légères mais jamais totalement innocentes ; A côté du plébiscite pour le bus et les transports en commun « Antitaxi », un titre comme « Si Un Jour » parle de la différence entre les garçons et les filles, un sujet encore toujours plus d'actualité aujourd'hui. https://www.youtube.com/watch?v=FzIA4W9LJk4 Une simple écoute de leur musique suffit à se rendre compte que les membres de La Femme n'ont jamais eu l'intention d'être autre chose qu'eux-même. D'où leur supposée légèreté dans l'interprétation et leur musique…

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KillASon – The Rize | Critique

« Time is now kid, and now it’s the future ». D'entrée, le rappeur KillASon plante le décor. Et pour cause ; dans le futur, le MC l'est déjà assurément. Son premier album, nommé à juste titre « The Rize », et sorti début 2016 chez Fin De Siècle, reste l'une des meilleures curiosités françaises de l'année et une preuve indéfectible de l'ambition et de l'originalité de son auteur, au regard pointé vers l'horizon, et rien d'autre. Il suffit d'écouter ses premiers mots, où dès l'introduction, il semble parler depuis une autre galaxie pour appeler ses futurs fidèles à se joindre à lui afin de sonner le début d'une nouvelle ère. Avant que le fracas du titre « The Rize » ne s'abatte sur eux et ne les emporte dans une autre galaxie. Le ton est démonstratif, le flow malléable et la production difficilement définissable mais sait cogner dur. Soit le parfait exemple du style KillASon, et de la force avec laquelle le rappeur est entré avec fracas dans le paysage du rap français. Là où le rap francophone peut se montrer véhément à l'égard de la langue française, KillASon n'en a que faire et s'inspire ouvertement des rappeurs Outre-Atlantique et leur emprunte leur langue, leur argo et leur attitude, sans pour autant passer pour un clone. Car là où le rap français a beaucoup été accusé de copier son cousin américain en terme de tendances, KillASon parvient à garder un son et une posture personnels, qui, au milieu des autres sorties estampillées rap français, font office de véritables expérimentations rarement entendues. Il suffit d'écouter le beat moite et déconstruit de « Hoddest In My Town » pour s'en rendre compte. Une prod qu'auraient sûrement acquiescé les Neptunes. Ou encore le titre « Black Crook » qui mêle techno, trap, drum'n'bass et flow foudroyant pour un rendu proche de « B.O.B. »…

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Columbine – Clubbing For Columbine | Critique

En ces temps d'Internet 2.0, chaque artiste souhaitant se lancer dans le grand bain semble devoir soigner sa e-reputation, pour des questions de visibilité et de référencement. Les premiers sites trouvés lors d'une recherche peuvent être capitaux pour renseigner l'actualité de la personne désirée, même si cela peut aussi se retourner contre elle. Alors quand ces derniers ne sont que des adresses destinées au click bait et autres contenus abrutissants, il y a de quoi se poser des questions sur l'authenticité et la valeur du groupe souhaité. Surtout à une époque où n'importe qui peut faire parler de soi avec une facilité déconcertante. C'est le cas pour la bande Columbine et ses sept membres originaires de Bretagne. Enfin, après avoir ajouter les termes « rap » ou « groupe », à côté de leur nom, sous peine de vous retrouver avec des liens sur la fusillade de l'école américaine du même nom. Épisode tragique dont est issu le documentaire de Michael Moore, qui a sans doute inspiré le jeux de mot Clubbing For Columbine, le premier album des bretons. Peut être la seule « bonne » trouvaille de leur part vu leurs accents -cheap- d'électro. Une fois ces sites trouvés, une de leur vidéo est au centre d'articles plus ou moins profonds qui semblent tous s'être mis d'accord pour désigner Columbine comme un « groupe de rap de riches ». Au centre de cette appellation ridicule, la vidéo de « Charles - Vicomte » sorti mi-2014, où les membres, habillés de manière caricaturale, se mettent dans la position de riches qui n'hésitent pas à déclamer leur amour de l'argent, le tout sur des paroles douteuses pour un buzz garanti. Et ça n'a pas loupé ; batailles sanglantes de commentaires autour du premier et du second degré, et discussions beaucoup trop sérieuses sur leur authenticité et l'état d'un rap français en…

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Rhythm Roulette est la meilleure série sur les beatmakers que vous trouverez sur Youtube

Depuis plusieurs décennies le rap compte parmi ses rangs certaines des plus grandes stars de la musique actuelle. Il n'empêche que même la plupart d'entre elles ne serait peut être pas arrivée là sans plusieurs hits confectionnés de main de maître par la crème des producteurs. Si le rôle de beatmaker a souvent été relayé au second plan aux yeux du grand public – mis à part quelques grands noms comme Dr.Dre - la tendance est en train de changer dans cette ère où les superstars sont légion et où la frontière entre rappeur et producteur devient de plus en plus floue, grâce à des artistes comme Kanye West ou encore Travis $cott. L'ascension d'Atlanta comme Mecque du rap Outre-Atlantique a permis à de nouvelles tendances et sonorités d'émerger, offrant plus de possibilités pour nos rats de studio que le fameux boom-bap du New-York des années ‘90. Le sampling, technique consistant à prendre une partie d'un morceau existant pour le transformer à sa guise à l'aide d'un sampler, n'a quant à lui pas disparu et continue d'être au cœur du processus de création de beaucoup de producteurs. Mais derrière les tubes imparables, des heures de travail acharné sont souvent nécessaires pour arriver à trouver la parfaite boucle, saisir le bon kick de batterie ou décider de la bonne ligne de basse. Si certains de ces magiciens des temps modernes sont connus et vénérés à travers le monde, peu de personnes connaissent réellement leur manière de travailler ainsi que leur mode opératoire pour confectionner le beat parfait. Ces derniers n'étant souvent pas les plus loquaces ou les plus à même de partager leurs secrets. Créée en 2013 sur la chaîne Youtube du média Mass Appeal, « Rhythm Roulette » est certainement la meilleure série de vidéos sur le beatmaking à…

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La victoire de Skepta aux Mercury Prize – Ou la reconnaissance du grime aux yeux du grand public

15 septembre 2016, Hammersmith Apollo, Londres. Joseph Junior Adenuga, entouré de ses parents et de son crew Boy Better Know, semble avoir du mal à réaliser ce qu'il vient de lui arriver. L'homme, plus connu sous le nom de Skepta, vient de recevoir le prestigieux Mercury Prize* qui récompense le meilleur album de l'année au Royaume-Uni et en Irlande pour son disque Konnichiwa, sorti le 6 mai dernier. Le tout devant David Bowie, Savages, Aohni ou encore Radiohead. Si le MC peine d'abord à trouver ses mots derrière sa casquette noire, c'est que cette victoire représente bien plus qu'un simple award. Ce soir là, bien plus qu'un artiste talentueux, c'est tout un style musical, le grime, qui venait d'être célébré et d'enfin d'obtenir la reconnaissance qui lui était dû depuis des années. https://www.youtube.com/watch?v=If7Xa-OX7No C'est que cette légitimation a mis du temps à pleinement arriver. Si le Royaume-Uni est surtout connu pour ses artistes rock, trip-hop ou brit pop et aux autres appellations sans aucun sens, le grime aura le plus souffert du manque de visibilité de la part du grand public. Style souvent apparenté au hip-hop pour sa mentalité DIY, le grime reste pourtant un pur produit anglais difficilement définissable, entre sonorités dancehall, UK garage ou encore drum'n'bass. Né au début des années 2000 avec l'aide des radios pirates, ce n'est pas pour autant que le grime ne compte pas ses figures de proue, malgré son attachement très fort à l'underground. Wiley, Stormzy, Novelist, Dizzee Rascal et bien sûr Skepta façonnent depuis plus d'une décennie l'histoire d'un genre innovant mais plus enclin aux enregistrements sur dub plates que sur de véritables albums. Parmi ces artistes, Dizzee Rascal fut celui qui s'en était sûrement le mieux sorti au début du nouveau millénaire. Sorti en 2003, son premier disque Boy In…

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