Boosie Badazz – In My Feelings (Goin’ Thru It) | Critique

S’il y a bien un rappeur qui aura connu des hauts et des bas tout au long de sa carrière, c’est bien Boosie Badazz. Digne d’un scénario comme les affectionne tant les américains, son parcours depuis les années 2000, et la sortie de Youngest of da Camp, son premier album, aura représenté à la fois le succès et la déchéance au sein du milieu du hip-hop. Auteur d’une pléiade de mixtapes, de collaborations avec des artistes tels que Young Jeezy, T.I., 2 Chainz, ou Pimp C, et signé au fil du temps sur le label Trill Entertainment de ce dernier, et Warner Bros Records, celui qui se faisait appeler Lil’ Boosie aura eu à faire avec la justice plus d’une fois.

Notamment lorsqu’en 2009 il doit purger une peine de prison pour détention de drogue et d’armes à feu, chose qui ne s’améliore pas suite au non respect des conditions de sa probation et des nouvelles charges qui l’accuseront d’être au centre d’un meurtre. Affaire pour laquelle il a depuis été innocenté. Celui qui aura sorti en 2010 un disque justement nommé Incarcerated, aura du alors jonglé entre une productivité incroyable et une peine de prison qui aura duré jusqu’en 2014, soit cinq ans. Si les fans de Gucci Mane sont habitués à ce genre d’histoires, un artiste comme Boosie Badazz, qui n’avait alors pas encore sorti de réels disques marquants, n’aurait pu jamais se relever.

Pourtant l’adversité semble lui avoir fait pousser des ailes au fil du temps et Torrence Hatch – son nom à la ville – semble revenir plus fort que jamais alors que Touch Down 2 Cause Hell, sorti en 2015, semble être son album le mieux reçu par la critique.

C’est fin de l’année dernière que l’artiste originaire de Bâton Rouge annonce à ses fans qu’il a un cancer du rein, dont il a réussi à guérir après une opération. Une expérience qui l’a marqué et l’a poussé à composer In My Feelings (Goin’ Thru It) et à le sortir le 1er janvier 2016. Véritable testament de ces derniers mois où il a du lutter pour rester en vie, le disque composé de dix titres ne ressemble absolument pas à celui sorti l’an passé. Loin des bangers et des grosses collaborations avec Young Thug, Rick Ross ou Rich Homie Quan, In My Feelings… transpire la mélancolie, la tristesse et la peur de mourir. Il suffit de voir le nom des morceaux pour s’en rendre compte ; « The Rain », « Cancer », Stressing Me », « Smile to Keep From Crying » ou encore « I Know They Gone Miss Me ». Les productions assurent ce sentiment et restent assez en retrait et planantes, voire atmosphériques comme sur « Bad Guy » ou « Warning Signs » avec sa belle mélodie au piano.

Des morceaux comme « Smile to Keep From Crying » ou « Roller Coaster Ride » n’évitent cependant pas quelques clichés avec des notes de pianos faciles et des voix féminines ridicules, mais la bass lourde ainsi que la voix nasillarde et particulière de Badazz réussissent généralement à rattraper le tout. Surtout que Boosie parvient bien à faire passer ses messages et un auditeur même peu habitué à la langue de Shakespeare n’aura aucune difficulté à comprendre le mal qui ronge le rappeur. Il est bien entendu question de son cancer, de sa peur de disparaître et de faire souffrir les siens, de son envie de devenir une meilleure personne, et de ses amis disparus. L’honnêteté des paroles de Badazz transparaît dans chaque titre et pousse à éprouver de la compassion pour lui, surtout quand que certains rappeurs seraient sûrement incapables de parler de telles choses sans fard. Une impression qui est à son zénith avec le dernier morceau, « I Know They Gone Miss Me », seulement accompagné au piano, sans kick ou batterie, ou le rappeur parle de la réaction de ses proches s’il devait partir.

In My Feelings (Goin’ Thru It) est alors un projet cohérent mis face au contexte actuel de son auteur et sa courte tracklist, ainsi que la qualité des fois moyenne de certaines productions, sont sûrement dus à un délai assez serré. Quoiqu’il en soit, ce nouveau projet de Boosie Badazz aura parfaitement rempli son rôle et n’aurait pas pu mieux porté son nom, même si un travail plus poussé aurait pu permettre à son auteur de composer une œuvre puissante et pleine d’émotion à la fois. Peut-être pour l’avenir, car comme il le dit lui-même, « Peace is so hard to find ».

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