Beastie Boys – Licensed To Ill | Critique

Plus de 30 ans après, retour sur le premier album des Beastie Boys.

Nous avons tous vécu à un moment ou un autre ce type de situation. Ce moment où cela fait des heures que vous essayez de convaincre sans succès votre voisin alors que tous les éléments sont contre lui. Tandis que celui-ci reste de marbre et refuse de capituler. A tel point que vous commencez à manquer d’arguments et tout ce que vous obtenez à la fin sont une folle envie de lui faire la peau et de vous arracher les cheveux. Si vous n’avez pas vécu d’instant similaire, ou que vous ne voyez pas la personne en question dans votre entourage, méfiez-vous, car c’est probablement vous.

Il peut se produire ce type de réaction lorsque l’on s’aventure à parler de rap avec la mauvaise personne. Généralement ce qu’il en ressortira c’est que le rap est une musique noire, mettant en scène des jeunes armés jusqu’aux dents, vivant dans des ghettos très pauvres et parlant de fusillade et de filles dociles à longueur de journées. Il serait hypocrite de contester complètement cet argument, mais cela serait surtout affreusement réducteur. Si vous êtes confronté à cette situation, ne cherchez pas plus loin, car il existe le parfait exemple pour couper court à toute tentative de votre interlocuteur. Vos sauveurs sont au nombre de trois et s’appellent les Beastie Boys.

Prenez trois jeunes blancs venant à peine de sortir de l’adolescence, aussi insolents que glandeurs, faites en sorte qu’ils viennent de familles plutôt aisées, de confession juive si possible, et qui jouaient auparavant dans un groupe de punk. Mélangez le tout et vous obtiendrez les pires sales gosses que le hip-hop américain ait engendré en presque quarante ans. Bien avant le blondinet Eminem. Mais comment ont ils réussi à se faire une place dans le paysage rap, qui plus est sur le label de référence de l’époque qu’était Def Jam ? Surtout en étant si différents du reste de la scène rap outre-Atlantique, qui n’est pas réputée pour être tendre ? Et surtout devenir l’un de ses groupe de prédilection ? La réponse commence en 1986 avec la sortie de leur premier album, “Licensed to Ill”.

Il faut dire qu’être proche du producteur Rick Rubin lorsque vous songez à tendre du côté rap de la force, ça aide. Surtout quand le futur super producteur – qui travaillera avec Run-DMC, LL Cool J, mais aussi les Red Hot Chili Peppers ou Metallica , entre autres – fonde son propre label, Dej Jam Recordings, et vous demande d’être parmi ses premières signatures. En sachant que son label deviendra la référence durant la future décennie en matière de rap New Yorkais, on peut dire que ce fut une bonne décision de la part des trois imbéciles.

On pourrait croire jusque là que les trois compères sont soient des opportunistes propulsés dans le rap à l’aide de pistons, soient une sorte de boys band fait de toutes pièces, soient des pures opportunistes voulant voir si l’herbe est plus verte de l’autre côté de la barrière. Que nenni. Mike D, MCA et Ad-Rock représentent juste trois artistes décomplexés, sans aucune forme de culpabilité et de scrupules qui sortent leur premier album car ils croient en eux et s’en fichent surtout magistralement du reste.

“Licensed to Ill” renferme en son sein tout ce qui caractérise l’adolescence, à savoir les beuveries, les meufs, le son toujours à fond, l’insolence mêlée à l’impunité, tout cela dans un fracas de guitares électriques et de breaks hip-hop. Tout ça raconté par des sales gosses. Si les Sex Pistols avaient réussi à renfermer sur un disque toute la haine de la jeunesse contre le système de l’époque, alors les jeunes de la fin des années ‘80 tenaient leur “Nevermind the Bollocks”, mais pour la fête.

“(You Gotta) Fight For Your Right (To Party!)” résume à lui tout seul l’état d’esprit des trois MCs tout au long des treize titres de l’album. On les entend se plaindre de l’école, “You missed two classes and no homework / But your teacher preaches class like you’re some kind of jerk”, l’incompréhension des parents “I’ll kick you out of my home if you don’t cut that hair”, et tant d’autres choses existentielles. Mais surtout le titre est un hit en puissance avec son énorme riff , et est un véritable hymne pour la fête, qui a gagné en popularité grâce à son clip qui fit les choux gras de MTV. On peux déjà voir l’humour des trois rappeurs débarquant à une soirée ennuyante pour mettre tout sous dessus dessous, le tout finissant dans un bordel monstre. Si vous cherchez un autre riff qui vaut le détour, courrez écouter “No Sleep ‘Til Brooklyn” qui démontre à lui tout seul la fusion parfaite entre le rock et le rap, avec Kerry King de Slayer, excusez du peu, en arbitre à la guitare. Puis avouons le, il fallait en avoir pour emprunter la ligne de batterie de “When the Levee Breaks” de Led Zeppelin pour commencer son album. “Rhymin & Stylin” est une véritable bombe, car si la batterie est déjà incroyable, les guitares électriques finiront par vous achever. Et ce n’est que le début de l’album. “The New Style” et “She’s Crafty” finiront par vous convaincre de l’aisance du trio. Là où “Paul Revere” , l’histoire de comment ils se sont rencontrés, est une erreur, qui devint un coup de génie. Lors de l’enregistrement, la batterie fut jouée à l’envers par erreur. Devant l’exaltation des personnes dans le studio, ils décidèrent de garder la production telle qu’elle. “Girls”, avec son xylophone détonne mais se révèle très accrocheur, mais surtout très drôle. “Brass Monkey”, dernier single de l’album, avec son sample de cuivre tout tordu peut passer pour une blague, mais ça serait sous estimer les trois blancs becs, et vous voilà en train de chanter le refrain quelques secondes plus tard.

En plus d’être des sales gosses, il fallut que Mike D, MCA et Ad-Rock aient des voix aiguës, et encore c’est un euphémisme. Les écouter déverser leurs bêtises plusieurs minutes durant peut en rebouter certains. Mais ça serait passer à côté de quelque chose. Avec le temps, les voix ne nous paraissent plus aussi désagréables, mais semblent être l’ingrédient essentiel qui manquaient aux guitares électriques pour exprimer toutes ces complaintes existentielles. Après tout, qui de mieux pour exprimer au grand jour ce qui trotte dans la tête des jeunes de l’époque que trois branleurs qui jouent avec des pénis géants en concert et usent de métaphores obscènes jusqu’à la pochette de l’album. A première vue il s’agit d’un avion, avec “Beastie Boys” marqué sur l’aile, rien de bien important. Mais un coup dans le miroir pour se rendre compte que l’inscription “3MTA3” veut du coup dire “EAT ME”, soit “Mange moi” et qu’il suffit de déplier le tout pour voir l’avion s’être crashé contre une montagne. Mais si on y regarde de plus près, on distingue une autre signification à cette image, plus phallique celle là.

Bien que datant de 1986, cet album a peut être pris une ride, mais nous permet, lorsque l’on s’y replonge, de nous rappeler tous nos souvenirs de nos chères années de folie. Une chose est sûre, sur “Licensed to Ill”, l’adolescence n’a jamais été aussi bordélique et cool à la fois.

R.I.P MCA

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