Columbine – Clubbing For Columbine | Critique

En ces temps d'Internet 2.0, chaque artiste souhaitant se lancer dans le grand bain semble devoir soigner sa e-reputation, pour des questions de visibilité et de référencement. Les premiers sites trouvés lors d'une recherche peuvent être capitaux pour renseigner l'actualité de la personne désirée, même si cela peut aussi se retourner contre elle. Alors quand ces derniers ne sont que des adresses destinées au click bait et autres contenus abrutissants, il y a de quoi se poser des questions sur l'authenticité et la valeur du groupe souhaité. Surtout à une époque où n'importe qui peut faire parler de soi avec une facilité déconcertante. C'est le cas pour la bande Columbine et ses sept membres originaires de Bretagne. Enfin, après avoir ajouter les termes « rap » ou « groupe », à côté de leur nom, sous peine de vous retrouver avec des liens sur la fusillade de l'école américaine du même nom. Épisode tragique dont est issu le documentaire de Michael Moore, qui a sans doute inspiré le jeux de mot Clubbing For Columbine, le premier album des bretons. Peut être la seule « bonne » trouvaille de leur part vu leurs accents -cheap- d'électro. Une fois ces sites trouvés, une de leur vidéo est au centre d'articles plus ou moins profonds qui semblent tous s'être mis d'accord pour désigner Columbine comme un « groupe de rap de riches ». Au centre de cette appellation ridicule, la vidéo de « Charles - Vicomte » sorti mi-2014, où les membres, habillés de manière caricaturale, se mettent dans la position de riches qui n'hésitent pas à déclamer leur amour de l'argent, le tout sur des paroles douteuses pour un buzz garanti. Et ça n'a pas loupé ; batailles sanglantes de commentaires autour du premier et du second degré, et discussions beaucoup trop sérieuses sur leur authenticité et l'état d'un rap français en…

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Rhythm Roulette est la meilleure série sur les beatmakers que vous trouverez sur Youtube

Depuis plusieurs décennies le rap compte parmi ses rangs certaines des plus grandes stars de la musique actuelle. Il n'empêche que même la plupart d'entre elles ne serait peut être pas arrivée là sans plusieurs hits confectionnés de main de maître par la crème des producteurs. Si le rôle de beatmaker a souvent été relayé au second plan aux yeux du grand public – mis à part quelques grands noms comme Dr.Dre - la tendance est en train de changer dans cette ère où les superstars sont légion et où la frontière entre rappeur et producteur devient de plus en plus floue, grâce à des artistes comme Kanye West ou encore Travis $cott. L'ascension d'Atlanta comme Mecque du rap Outre-Atlantique a permis à de nouvelles tendances et sonorités d'émerger, offrant plus de possibilités pour nos rats de studio que le fameux boom-bap du New-York des années ‘90. Le sampling, technique consistant à prendre une partie d'un morceau existant pour le transformer à sa guise à l'aide d'un sampler, n'a quant à lui pas disparu et continue d'être au cœur du processus de création de beaucoup de producteurs. Mais derrière les tubes imparables, des heures de travail acharné sont souvent nécessaires pour arriver à trouver la parfaite boucle, saisir le bon kick de batterie ou décider de la bonne ligne de basse. Si certains de ces magiciens des temps modernes sont connus et vénérés à travers le monde, peu de personnes connaissent réellement leur manière de travailler ainsi que leur mode opératoire pour confectionner le beat parfait. Ces derniers n'étant souvent pas les plus loquaces ou les plus à même de partager leurs secrets. Créée en 2013 sur la chaîne Youtube du média Mass Appeal, « Rhythm Roulette » est certainement la meilleure série de vidéos sur le beatmaking à…

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La victoire de Skepta aux Mercury Prize – Ou la reconnaissance du grime aux yeux du grand public

15 septembre 2016, Hammersmith Apollo, Londres. Joseph Junior Adenuga, entouré de ses parents et de son crew Boy Better Know, semble avoir du mal à réaliser ce qu'il vient de lui arriver. L'homme, plus connu sous le nom de Skepta, vient de recevoir le prestigieux Mercury Prize* qui récompense le meilleur album de l'année au Royaume-Uni et en Irlande pour son disque Konnichiwa, sorti le 6 mai dernier. Le tout devant David Bowie, Savages, Aohni ou encore Radiohead. Si le MC peine d'abord à trouver ses mots derrière sa casquette noire, c'est que cette victoire représente bien plus qu'un simple award. Ce soir là, bien plus qu'un artiste talentueux, c'est tout un style musical, le grime, qui venait d'être célébré et d'enfin d'obtenir la reconnaissance qui lui était dû depuis des années. https://www.youtube.com/watch?v=If7Xa-OX7No C'est que cette légitimation a mis du temps à pleinement arriver. Si le Royaume-Uni est surtout connu pour ses artistes rock, trip-hop ou brit pop et aux autres appellations sans aucun sens, le grime aura le plus souffert du manque de visibilité de la part du grand public. Style souvent apparenté au hip-hop pour sa mentalité DIY, le grime reste pourtant un pur produit anglais difficilement définissable, entre sonorités dancehall, UK garage ou encore drum'n'bass. Né au début des années 2000 avec l'aide des radios pirates, ce n'est pas pour autant que le grime ne compte pas ses figures de proue, malgré son attachement très fort à l'underground. Wiley, Stormzy, Novelist, Dizzee Rascal et bien sûr Skepta façonnent depuis plus d'une décennie l'histoire d'un genre innovant mais plus enclin aux enregistrements sur dub plates que sur de véritables albums. Parmi ces artistes, Dizzee Rascal fut celui qui s'en était sûrement le mieux sorti au début du nouveau millénaire. Sorti en 2003, son premier disque Boy In…

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Hinds – Leave Me Alone | Critique

Hinds, c'est un peu le groupe à qui tout réussi depuis le début. Leur première expérience de 2011 -qui se soldera par un break jusqu'en 2013- mis à part, les deux madrilènes Carlotta Cosials et Ana Garcia Perrote n'ont pas arrêté de franchir les étapes avec un naturel déconcertant. Connues d'abord sous le sobriquet de Deers (rênes), elles composent « Demo », qui regroupe les deux singles « Bamboo » et « Trippy Gum », et le proposent sur Bandcamp. Internet se chargera de les faire connaître, et leurs morceaux taperont dans l’œil des médias The Guardian et NME ou encore de Patrick Carney, le batteur des Black Keys, rien que ça. Avec une plus grande visibilité en peu de temps, Deers choisi de s'agrandir et devient un quatuor en accueillant leur amie de longue date Ade Martin à la basse et la hollandaise Amber Grimbergen à la batterie. Un renforcement le bienvenue tant les deux membres d'origine devaient compenser le manque d'instruments comme elles le pouvaient, comme en demandant l'aide du public lors des concerts. Au niveau des lives, le groupe ne sera d'ailleurs pas en reste puisque avec juste un nouveau single -« Barn »- en poche, il partagera l'affiche avec des groupes tels que The Libertines, The Vaccines ou encore les Black Lips. Une expérience scénique qu'elles continuent d'approfondir en 2015 avec leur première tournée mondiale, le tout sans réel album à part ce « Very Best Of Hinds So Far » assumé et décalé. L'annonce mi-2015 de la sortie de Leave Me Alone, leur premier disque, pour la première semaine de la nouvelle année, avait de quoi boucler plusieurs années de réussites méritées. Car même quand une petite ombre vient s'ajouter au tableau, elles n'en sont pas responsables ; comme lorsque Deers a du devenir Hinds (biches) fin 2014 suite à une plainte du groupe d'indie…

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Boosie Badazz – In My Feelings (Goin’ Thru It) | Critique

S'il y a bien un rappeur qui aura connu des hauts et des bas tout au long de sa carrière, c'est bien Boosie Badazz. Digne d'un scénario comme les affectionne tant les américains, son parcours depuis les années 2000, et la sortie de Youngest of da Camp, son premier album, aura représenté à la fois le succès et la déchéance au sein du milieu du hip-hop. Auteur d'une pléiade de mixtapes, de collaborations avec des artistes tels que Young Jeezy, T.I., 2 Chainz, ou Pimp C, et signé au fil du temps sur le label Trill Entertainment de ce dernier, et Warner Bros Records, celui qui se faisait appeler Lil’ Boosie aura eu à faire avec la justice plus d'une fois. Notamment lorsqu'en 2009 il doit purger une peine de prison pour détention de drogue et d'armes à feu, chose qui ne s'améliore pas suite au non respect des conditions de sa probation et des nouvelles charges qui l'accuseront d'être au centre d'un meurtre. Affaire pour laquelle il a depuis été innocenté. Celui qui aura sorti en 2010 un disque justement nommé Incarcerated, aura du alors jonglé entre une productivité incroyable et une peine de prison qui aura duré jusqu'en 2014, soit cinq ans. Si les fans de Gucci Mane sont habitués à ce genre d'histoires, un artiste comme Boosie Badazz, qui n'avait alors pas encore sorti de réels disques marquants, n'aurait pu jamais se relever. Pourtant l'adversité semble lui avoir fait pousser des ailes au fil du temps et Torrence Hatch – son nom à la ville – semble revenir plus fort que jamais alors que Touch Down 2 Cause Hell, sorti en 2015, semble être son album le mieux reçu par la critique. C'est fin de l'année dernière que l'artiste originaire de Bâton Rouge annonce à ses…

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