Chief Keef – Two Zero One Seven | Critique

Après avoir annoncé sa retraite et avoir été aux abonnés absents en 2016, le pourtant très productif rappeur de Chicago Chief Keef est de retour dès ce début d’année avec une nouvelle mixtape qui présage de bonnes choses pour la suite.  Quand un des rappeurs les plus stakhanovistes du circuit se met subitement à réduire la cadence, voire à cesser toute activité, il y a de quoi se poser des questions. Alors quand Chief Keef annonce qu'il se retire soudainement en mars 2016 après avoir écoulé une quinzaine de mixtapes et deux albums en cinq ans, les fans étaient en droit de se demander combien de temps ce silence allait durer. Et ce même si en fin d'année le jeune Chicagoan leur redonnait un peu d'espoir avec une collaboration avec Machine Gun Kelly sur le morceau « Young Man ». Mais finalement, Keef est bel et bien de retour en ce début d'année 2017 avec une nouvelle mixtape intitulée sobrement Two Zero One Seven. Sosa revient donc avec une pochette flashy et 17 nouveaux morceaux, fruits de sa propre patte ou de celle de Lex Luger et de Young Chop. Derrière le micro, le MC se défend seul, mis à part sur trois titres avec son compère de longue date Tadoe qui apporte une véritable plus-value à chaque fois qu'il prend la parole. Que ce soit sur « Stand Down » où il n'a le droit qu'à quelques mots, jusque sur le génial « Short », à « Control » où il réveille d'un coup le morceau avec son énergie. « Control » qui est peut-être avec « Dope Smokes », le premier petit coup de mou de la tape avec deux titres un peu fainéant, le second étant sûrement celui des deux derniers titres « Running Late » - où Keef vous apprend les mathématiques - et le cheesy « Anything You Get…

Continuer la lecture

Total Victory – Vs Big Electric | Critique

L'accent des banlieues dans le rock britannique, il n'y a pas à dire, ça a quand même de la gueule. Celui de Jason Williamson, chanteur de Sleaford Mods et originaire de Nottingham, en est la preuve, et assurément l'une des clés du succès récent du groupe. Dan Brookes, lui, vient de Wigan, un peu plus au Nord. Son accent n'en est pas moins marqué pour autant, et c'est tant mieux. Il participe à l'identité de Total Victory, le groupe de Dan avec Matt L (basse), Matt E (guitare), James (batterie) et Martin (guitare) depuis 2007. Tous originaires des horizons, tels que Bolton et Salford, proche de Manchester. Si les comparaisons entre les deux formations sus-citées s'arrêtent là, il faut reconnaître qu'elles semblent partager un goût pour la contestation et la condamnation des injustices de leur environnement. D'ailleurs, sur les différents projets de Total Victory, Dan ne va pas nécessairement chercher à chanter, mais à plutôt scander ses paroles, qui se transforment alors en cris du cœur, comme pour se libérer d'un poids. Se dégage alors une sorte d'urgence dans le chant de Dan, que l'on retrouve sur le troisième album du groupe, Vs Big Electric, sorti il y a peu sur le label messin Specific Recordings. On peut retrouver cette urgence dans la manie qu'a Dan de répéter en boucle certaines phrases, tel un mantra. Et ce dès le premier titre, « Arnhem », où il va chanter successivement deux vers, pendant que l'instrumentalisation derrière lui ne va cesser de prendre de l'ampleur. Des vers qui ont pour sujet l'amour, un thème qui semble être cher au chanteur puisqu'on le retrouve plusieurs fois sur les 10 titres de la tracklist, comme « House of Lords » et surtout « Golden Calf ». Dans tous les cas, l'amour, et les autres émotions soulignées par Dan, semblent…

Continuer la lecture

Necronomidol – Nemesis | Critique

Quand il s'agit de musique japonaise, on sait que tout peut arriver. Si le pays du Soleil Levant a su rendre populaire un artiste talentueux tel que Nujabes ou encore le groupe les Seatbelts – la B.O de Cowboy Bebop, c'est eux – le Japon est aussi la nation de la J-Pop, un genre édulcoré, sucré et ô combien addictif quand on décide de lâcher prise. Sans rentrer dans une énumération de tous les talents japonais(es), il va s'en dire que le Japon possède une richesse musicale incroyable, où les styles peuvent se mélanger, se transformer, quitte à devenir un véritable casse-tête pour définir précisément l'identité des groupes. L'album Nemesis, du quintet féminin nippon Necronomidol, est la quintessence, l'Olympe de ce mix des genres en folie. Un disque où pendant 11 morceaux, le groupe va fusionner black métal, cold wave, J-Pop, ou encore rock psychédélique avec un naturel à laisser coi. Sur un tout autre projet, l'alliance de ces styles - qui semblent assez différents les uns des autres – pourrait sonner comme trop audacieuse. Pas chez Necronomidol. Ou plutôt, le groupe ne semble même pas s'être posé la question d'une quelconque cohérence. Ça marchera, point barre. Et elles ont bien raison ; Nemesis est de ces curiosités qui font du bien et qui permettent de se remettre en question face à ses goûts, et à redonner un coup de fouet à son envie de découvrir toujours plus de projets déments et fous que celui-ci. Le type d'albums que l'on ne devrait même pas trop décrire avant de le conseiller à un ami, afin que la surprise n'en soit que plus grande. S'il peut d'abord sembler être fait pour des oreilles averties, Nemesis se révèle être un projet plus facile d'accès qu'il peut laisser croire. A condition, bien sûr, d'accepter…

Continuer la lecture

Beastie Boys – Licensed To Ill | Critique

Plus de 30 ans après, retour sur le premier album des Beastie Boys. Nous avons tous vécu à un moment ou un autre ce type de situation. Ce moment où cela fait des heures que vous essayez de convaincre sans succès votre voisin alors que tous les éléments sont contre lui. Tandis que celui-ci reste de marbre et refuse de capituler. A tel point que vous commencez à manquer d'arguments et tout ce que vous obtenez à la fin sont une folle envie de lui faire la peau et de vous arracher les cheveux. Si vous n'avez pas vécu d'instant similaire, ou que vous ne voyez pas la personne en question dans votre entourage, méfiez-vous, car c'est probablement vous. Il peut se produire ce type de réaction lorsque l'on s'aventure à parler de rap avec la mauvaise personne. Généralement ce qu'il en ressortira c'est que le rap est une musique noire, mettant en scène des jeunes armés jusqu'aux dents, vivant dans des ghettos très pauvres et parlant de fusillade et de filles dociles à longueur de journées. Il serait hypocrite de contester complètement cet argument, mais cela serait surtout affreusement réducteur. Si vous êtes confronté à cette situation, ne cherchez pas plus loin, car il existe le parfait exemple pour couper court à toute tentative de votre interlocuteur. Vos sauveurs sont au nombre de trois et s'appellent les Beastie Boys. Prenez trois jeunes blancs venant à peine de sortir de l'adolescence, aussi insolents que glandeurs, faites en sorte qu'ils viennent de familles plutôt aisées, de confession juive si possible, et qui jouaient auparavant dans un groupe de punk. Mélangez le tout et vous obtiendrez les pires sales gosses que le hip-hop américain ait engendré en presque quarante ans. Bien avant le blondinet Eminem. Mais comment ont ils réussi à…

Continuer la lecture

Un nouvel album d’Eminem en 2016 est-il une si bonne nouvelle que ça ?

Dans la nuit du 19 octobre les plus insomniaques d'entre nous ont pu découvrir en même temps que nos amis américains le tweet d'Eminem avec un nouveau morceau et l'annonce d'un prochain album. Il n'en fallait pas plus pour qu'Internet devienne fou et que les réactions hystériques foisonnent sur le réseau social aux 140 caractères.  Face à l'enthousiasme des fans, des personnes moins enjouées ont quant à elles montré leur scepticisme, et il y a de quoi. D'abord, il y a ce nouveau titre, « Campaign Speech », au titre évocateur et à charge, notamment, contre Donald Trump et la politique en général. Sur le principe, Eminem est plutôt bien placé pour réaliser un morceau efficace sur le sujet. Lui qui n'a eu de cesse de se moquer des mœurs de l'Amérique blanche au cours de ses albums, voire même de manière plus frontale de la politique de George W. Bush avec « Mosh » en 2004 sur son album Encore. https://www.youtube.com/watch?v=nj_dTZ4KL3Y Le soucis c'est que ce titre date déjà d'il y a 12 ans. A une époque où Eminem, après avoir sorti trois albums acclamés par le public et la critique, commençait déjà à perdre de sa superbe. Mais malgré cela, avait réussi à rester incisif et virulent dans son discours, en tout cas sur ce titre. Les temps ont bien changé depuis. Et si Eminem restait l'un des artistes les plus importants des années 2000 et que chacun de ses morceaux pouvait avoir un poids conséquent, c'est beaucoup moins le cas en 2016 où d'autres rappeurs ont pris désormais les devants. Mais soit, Eminem veut sortir un nouveau morceau politique à la veille des élections américaines, alors qu'un candidat comme Donald Trump pourrait succéder à Barack Obama ? Grand bien lui fasse ! Le soucis n'est pas…

Continuer la lecture

Ghostface Killah – Ironman | Critique

Pour fêter les 20 ans de l’un des meilleurs albums solos sortis du temple shaolin du Wu-Tang Clan, je reviens sur les qualités de ce disque qui fut le premier d’une longue lignée de très bons opus pour Ghostface Killah.  Depuis la sortie d'Enter the Wu-Tang (36 Chambers) en 1993, les membres de la nébuleuse ont chacun attirés l'attention à leur manière. Il y a d'abord eu ceux qui n'ont pas tardé à se lancer en solo tellement leur particularité sautait aux yeux comme Method Man ou GZA. Au contraire certains ont du passer leur tour comme Masta Killa et U-God pour cause d'emprisonnement. Dennis Cole aka Ghostface Killah pouvait se situer au milieu, à côté de son compère Inspectah Deck. Tels des très bons rappeurs n'arrivant pas à se distinguer des fortes personnalités du crew. C'est pourtant bien Ghostface Killah qui entame le premier opus du Wu, apparaît en guest sur la pochette et sur les titres d'Only Built For Cuban Linx… de Raekwon et possède cette voix aiguë et ce flow haché et tranchant, reconnaissables entre mille. Pendant trois ans le rappeur semble donc se satisfaire de cette position de second couteau de premier ordre, jusqu'au 29 octobre 1996 et la sortie d'Ironman, son premier essai en solo. Des années pendant lesquelles Cole a pu observer et apprendre du succès des escapades solos de ses camarades de rimes pour en cerner les qualités et les utiliser à sa façon. Dès le titre de l'album, nommé selon le super-héro de Marvel et faisant aussi référence à Only Built For Cuban Linx… où chaque MC du Wu avait pu choisir un alias pour apporter de la fiction à leurs récits . Ghost reprend alors le sobriquet de Tony Starks et incarne un autre personnage durant la plupart des 17…

Continuer la lecture

James Blake – The Colour In Anything | Critique

The Colour In Anything, c'est l'histoire d'un rendez-vous manqué. De ces histoires fantasmées qui ne semblent au final destinées qu'à décevoir. La relation avec ce disque commence après une longue attente de deux ans. Deux années où l'album aura été annoncé, repoussé, jusqu'à changer de nom en cours de route, pour finalement voir le jour le 6 mai 2016. Puis, la délivrance, les premiers regards, et la bonne surprise ; comme pour se faire pardonner, James Blake est venu accompagné de guests de choix : Frank Ocean et Justin Vernon de Bon Iver. Les retrouvailles ne pouvaient en être que plus belles. Loin d'arriver les mains vides, c'est les bras chargés de 17 morceaux que le britannique est venu présenter son nouvel effort, d'une durée d'écoute d'1 heure et 16 minutes. Soit suffisamment pour s'apprivoiser, se questionner, douter et finir par partir chacun de son côté, le cœur lourd. Car The Colour In Anything, c'est l'histoire d'un désenchantement. Il y a pourtant eu des premiers émois convainquant. Le 11 février 2016, James Blake révélait le premier extrait de son nouvel album pendant son émission sur la radio BBC 1: un morceau au nom évocateur de “Modern Soul”. Dès les premières notes de piano, la magie opère instantanément et montre le talent de Blake pour magnifier des compositions pourtant déjà bien épurées. Sa voix claire s'alliant à merveille avec les multiples sons électro, percussions et bruits de jungle qu'il ajoutent au fur et à mesure à la structure du morceau. Plus qu'un simple morceau, “Modern Soul” renfermait à lui-seul l'essence de son auteur : une voix soul, des arrangements discrets mais efficaces et des sonorités qui puisent aussi bien dans le R'n'B que dans l'électro. Véritable crescendo de 5 minutes lumineuses, le titre était l'espoir de voir chaque nouveau track du britannique emprunter…

Continuer la lecture

La Femme – Mystère | Critique

Avant la sortie de son deuxième album en septembre, il semblait encore plus difficile de définir la place de La Femme au sein du paysage musical français. Si son single « La Planche » était dans toutes les têtes depuis 2011, le groupe pouvait compter sur un répertoire suffisamment fourni pour ne pas souffrir de l'appellation de « one hit wonder ». Et malgré ses inspirations rétro et son image détachée, le groupe parvenait à se faire une place parmi le grand public tout en étant porté aux nues par une partie de la presse spécialisée. L'empêchant ainsi d'être uniquement apprécié par un public de niche. Pourtant cet engouement n'a pas empêché La Femme d'être assez peu présent musicalement ces dernières années. Et ce depuis le bariolé Psycho Tropical Berlin en 2013 qui leur avait valu une Victoire de la Musique dans la catégorie « Album révélation de l'année » un an plus tard. https://www.youtube.com/watch?v=c3VqAtiX3hs « It’s Time to Wake Up », « Nous Étions Deux », « Si Un Jour », et bien sûr « Sur La Planche » ; ce premier album contenait plusieurs tubes emmenés par le groupe depuis trois ans et leurs premiers Eps. Psycho Tropical Berlin était frais, original, et plaçait d'ores et déjà La Femme comme un groupe à part et emprunt de liberté avec sa chanteuse à la voix enfantine et cristalline, son chanteur pas vraiment chanteur et ses paroles parfois légères mais jamais totalement innocentes ; A côté du plébiscite pour le bus et les transports en commun « Antitaxi », un titre comme « Si Un Jour » parle de la différence entre les garçons et les filles, un sujet encore toujours plus d'actualité aujourd'hui. https://www.youtube.com/watch?v=FzIA4W9LJk4 Une simple écoute de leur musique suffit à se rendre compte que les membres de La Femme n'ont jamais eu l'intention d'être autre chose qu'eux-même. D'où leur supposée légèreté dans l'interprétation et leur musique…

Continuer la lecture

KillASon – The Rize | Critique

« Time is now kid, and now it’s the future ». D'entrée, le rappeur KillASon plante le décor. Et pour cause ; dans le futur, le MC l'est déjà assurément. Son premier album, nommé à juste titre « The Rize », et sorti début 2016 chez Fin De Siècle, reste l'une des meilleures curiosités françaises de l'année et une preuve indéfectible de l'ambition et de l'originalité de son auteur, au regard pointé vers l'horizon, et rien d'autre. Il suffit d'écouter ses premiers mots, où dès l'introduction, il semble parler depuis une autre galaxie pour appeler ses futurs fidèles à se joindre à lui afin de sonner le début d'une nouvelle ère. Avant que le fracas du titre « The Rize » ne s'abatte sur eux et ne les emporte dans une autre galaxie. Le ton est démonstratif, le flow malléable et la production difficilement définissable mais sait cogner dur. Soit le parfait exemple du style KillASon, et de la force avec laquelle le rappeur est entré avec fracas dans le paysage du rap français. Là où le rap francophone peut se montrer véhément à l'égard de la langue française, KillASon n'en a que faire et s'inspire ouvertement des rappeurs Outre-Atlantique et leur emprunte leur langue, leur argo et leur attitude, sans pour autant passer pour un clone. Car là où le rap français a beaucoup été accusé de copier son cousin américain en terme de tendances, KillASon parvient à garder un son et une posture personnels, qui, au milieu des autres sorties estampillées rap français, font office de véritables expérimentations rarement entendues. Il suffit d'écouter le beat moite et déconstruit de « Hoddest In My Town » pour s'en rendre compte. Une prod qu'auraient sûrement acquiescé les Neptunes. Ou encore le titre « Black Crook » qui mêle techno, trap, drum'n'bass et flow foudroyant pour un rendu proche de « B.O.B. »…

Continuer la lecture