Action Bronson – Blue Chips 7000 | Critique

Action Bronson est chiant. A la fois personnage atypique de la télévision américaine avec ses émissions Fuck That’s Delicious et Action Bronson Watches Ancient Aliens, et du rap avec ses moult allusions à la bouffe et son humour gras, le rappeur du Queens n’en demeure pas moins très inégal dans sa discographie, et ce depuis plusieurs années.

Pourtant avec une bonhomie à toute épreuve et une joie de vivre communicative, Bronson a vu sa côte de popularité grandir au fil des années auprès du grand public, et de ceux qui n’ont pas forcément l’habitude d’écouter du rap. Soit toutes les cartes en main pour vraiment devenir un grand artiste capable de transcender les publics. Dommage que depuis 2012 et la sortie de Rare Chandeliers, sa mixtape entièrement produite par The Alchemist, il ne soit pas parvenu à conclure l’essai et se soit contenter de projets moyens avec quelques coups d’éclats.

Pourtant depuis cinq ans Action n’a pas chômé et a notamment sorti différents singles très efficaces comme « Strictly 4 My Jeeps » sur son EP Saab Stories, « Actin Crazy », « Terry », « Baby Blue » ou l’extraordinaire « Eazy Rider », tous les 4 sur son premier album Mr. Wonderful sorti en 2015, sans compter ses nombreux featurings comme celui de l’incroyable « 1 Train » d’A$AP Rocky.

Non le problème se situe vraiment au niveau de la régularité de Bronson et de sa capacité à sortir un projet complet et travaillé du début à la fin. Qu’Action se sente plus en confiance et ait envie de se faire plaisir – à l’image de ses émissions TV – soit, mais cela paraît de plus en plus être au détriment de sa musique. Là où depuis Dr. Lecter, son très bon premier album sorti en 2011, Bronson ne sortait que des projets originaux et de qualité – le premier Blue Chips – ses derniers en date ont tous un goût d’inachevé. Comme si en plein milieu de l’enregistrement, Action n’en avait plus rien à faire et retournait dans ses délires et ses private jokes.

L’exemple le plus probant est son deuxième album Mr. Wonderful alors qu’il venait de signer en major chez Atlantic et Vice Records. Chaque single était très bon, mais l’écoute globale était gâchée par des morceaux qui n’avaient rien à y faire, comme l’insupportable interlude de Riff Raff où il chantait faux, ou un morceau tiré d’un live à Prague, mais inaudible. Un vrai gâchis face à l’attente que suscitait une telle sortie. L’espoir reposait alors sur Blue Chips 7000, son 3ème album, change un peu la donne…. Mais ce n’est malheureusement pas le cas.

Car pour un projet déjà plus court de 10mn, mais avec le même nombre de morceaux, il était possible de s’attendre à quelque chose de plus épuré et qui irait droit au but. Mais ici presque aucun moment ne sort du lot, alors que l’album ne fait que 38mn, ce qui est très court.

Rien qu’au niveau des singles, ceux de Mr. Wonderful étaient très bons et avaient chacun leur style avec un réel succès auprès du grand public. Mais sur Blue Chips 7000, le potentiel tubesque des trois singles déjà sortis ne frappe pas autant. « The Chairman’s Intent » est bien mais ressemble déjà à ce qu’il a pu sortir avant, « Let Me Breathe » a un côté old school et entêtant avec son sample de « The Fat Boys Are Back » des Fat Boys mais se répète un peu trop , alors que « Durag vs Headbang » est peut être le single le plus intéressant avec cette prod complètement dépouillée signée Knwledge, et le simple refrain de Big Body Bes.

D’ailleurs, Big Body Bes, personnage récurrent de ses émissions télés, ne sert un peu à rien sur le morceau « TANK » à part à crier comme d’habitude. Et en parlant des invités, on retrouve son ami de longue date Meyhem Lauren sur « Hot Pepper » et Meyhem est bien meilleur que Bronson sur son propre morceau. Avec cette voix reconnaissable et une énergie qui transpire sur tout son couplet, sans compter un flow malléable et technique qui donne un peu l’impression que Bronson rappe au ralenti. Alors que le morceau, avec son air jamaïcain est plutôt pas mal et entraînant.

Mais malheureusement il se produit un peu la même chose avec Rick Ross sur le titre « 9-24-7000 ». Alors qu’ils ont tous les deux un flow assez laid back/lancinant, le flow de Rick Ross paraît mieux rebondir sur l’instru, faisant ressortir aussi son expérience. D’ailleurs c’était une vraie surprise de retrouver Rick Ross ici, alors qu’il est plutôt habitué à un autre univers, plus clinquant ou hardcore, mais plutôt une bonne surprise. Surtout que ce morceau est l’un des meilleurs de l’album avec sa prod très chill, très posée, et ces synthés mélodieux.

En parlant des morceaux qui valent le coup sur Blue Chips 7000, « The Choreographer » est certainement le meilleur avec sa prod très soul et également posée avec son sample de voix en boucle, ce qui le rend assez chaleureux et tout de suite accrocheur. « Chop Chop Chop » possède aussi une prod cool avec cette guitare qui fait très rock des années 70. Une influence des années 70/80 qu’on retrouve tout du long de l’album d’ailleurs, comme avec les claviers de « My Right Lung » ou la guitare et la flûte de « Bonzai ». Une ambiance qu’on retrouvait déjà sur Mr. Wonderful et qui marchait plutôt pas mal avec le délire de Bronson.

Mais encore une fois, à peine rentrer dans leur vibe, les morceaux semblent déjà se finir ; avec soit Action qui passe la majorité du morceau à répéter en boucle la même chose, ou soit il ne semble plus être aussi concentré, soit son idée n’est pas assez bien exploitée. Comme avec le morceau « La Luna » où Bronson, au téléphone, rappe sur la musique d’attente d’une compagnie de location de voiture. Principe fun et inédit, mais plutôt gâché par cet effet de voix (forcément dira t-on) qui donne l’impression qu’il rappe dans une salle de bain). Ce qui est assez décevant à la fin, même si l’écoute se fait assez facilement et est plutôt agréable même écouté d’une oreille distraite.

Car c’est ça aussi le problème de Blue Chips 7000 et des derniers projets de Bronson : l’écoute de ses disques n’est pas désagréable, il n’y a jamais vraiment des morceaux qu’on a envie de skipper ou qui sont inaudibles, à chaque fois le travail sur les prods est méticuleux et bien fait. Mais c’est vraiment ce que Bronson décide d’en faire ensuite avec.

Et il faut peut être aussi parler de sa technique… Il est vrai que depuis des années Bronson n’a peut être pas vraiment amélioré son flow et qu’à la longue, il peut donner l’impression de stagner. En tout cas on aura moins de surprise que devant d’autres rappeurs qui n’hésitent pas à varier leurs techniques. Ajouté à cette impression de suffisance et à cette tendance de s’enfermer de plus en plus dans son délire, en excluant un peu son public le plus attentif, on peut se demander si Action Bronson ne tournerait pas un peu en rond et ne serait pas condamné à nous donner des projets moyens avec seulement quelques coups d’éclats. Même si Bronson semble de plus en plus s’inscrire dans la veine des rappeurs à qui l’ont pardonne, tel un Snoop Dogg (qui a d’ailleurs aussi fait quelques apparitions télévisées), il ne faudrait pas non plus ne rien attendre de lui en tant que rappeur.

Difficile de considérer Blue Chips 7000 comme un bon album. Inférieur à Mr. Wonderful qui a au moins des vrais singles pour redonner envie de l’écouter, Blue Chips 7000 ne montre toujours pas de marge de progression de la part de son auteur. Host et entertainer de génie sur VICELAND, il ne faudrait pas que Bronson se repose sur ce talent précis, car il est certain que le roux le plus connu du Queens est encore capable de surprendre et possède un réel potentiel.

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